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Blogue : Une bouchée à la fois

D’un champion anti-gaspillage alimentaire: Dorothy Long

Voici Dorothy Long, de l’initiative Le Panier alimentaire canadien, notre championne de la lutte contre le gaspillage alimentaire pour le mois de juillet.

 

1. Pouvez-vous nous parler un peu de vous, de votre parcours et de ce qui vous a amenée à occuper votre poste avec Le Panier alimentaire canadien?

J’ai grandi dans une ferme de la Saskatchewan, puis j’ai étudié l’économie domestique et l’éducation à l’Université de la Saskatchewan, ce qui m’a permis d’acquérir une formation à la fois pratique et théorique dans les domaines de l’alimentation, de la nutrition et de l’enseignement. Depuis déjà plus de 25 ans, je travaille dans le domaine de la communication en alimentation et en agriculture, organisant des visites de fermes pour des diététistes, des chef·fes, des journalistes et d’autres influenceuses et influenceurs du secteur alimentaire, et élaborant des initiatives de marketing agroalimentaire visant à rapprocher la population canadienne des cultures cultivées et du bétail élevé ici.

C’est ainsi que j’ai aidé à créer Le Panier alimentaire canadien, une initiative nationale visant à améliorer la littératie alimentaire, de la ferme à l’assiette. Aujourd’hui, j’occupe le poste de directrice générale de l’initiative Le Panier alimentaire canadien, où je mets à profit mon expérience en économie domestique, en éducation et en marketing agricole pour diriger une équipe qui s’occupe de répondre aux questions des Canadiennes et Canadiens sur l’alimentation et l’agriculture.


2. Quelles expériences personnelles ont façonné votre passion pour améliorer la compréhension de la population canadienne en matière d’alimentation et d’agriculture?

Ayant grandi dans une ferme de la Saskatchewan, j’ai pu constater de mes propres yeux le soin, les risques et les longues heures de travail que nécessite la production alimentaire, depuis les décisions relatives aux semences et aux soins apportés aux animaux jusqu’à la récolte. Plus tard, quand j’ai commencé à travailler communications et marketing pour des produits de base canadiens comme le canola, le lin, les légumineuses, la moutarde et le porc, j’ai réalisé qu’il existait un écart important entre la réalité à la ferme et ce que bon nombre de personnes comprennent de la façon dont les aliments sont produits. Tout le monde n’a pas la chance de visiter une ferme ou de discuter avec des agricultrices et des agriculteurs.

L’organisation de visites de fermes pour des diététistes, des chef·fes, des journalistes, des chroniqueuses et chroniqueurs culinaires a mis en évidence à quel point il est enrichissant pour les gens de rencontrer des agricultrices et agriculteurs, de leur poser directement des questions et de voir les pratiques agricoles ainsi que les décisions prises au quotidien concernant la santé des sols, le bien-être des animaux et l’utilisation de la technologie. Ces expériences m’ont convaincue qu’une information claire, pratique et fondée sur des données probantes au sujet de l’alimentation et de l’agriculture pourrait aider la population canadienne à se sentir plus confiante dans ses choix alimentaires et plus proches des personnes qui cultivent sa nourriture.

 

3. Parlez-nous de l’initiative Le Panier alimentaire canadien. Comment cette initiative favorise-t-elle la littératie alimentaire et la prévention du gaspillage alimentaire, et qu’est-ce qui la rend si particulière?

Le Panier alimentaire canadien est une initiative nationale fondée en 2019 visant à améliorer la littératie alimentaire des consommatrices et consommateurs canadiens, de la ferme à l’assiette. Par l’entremise de notre site Web et de nos réseaux sociaux, nous partageons des histoires sur l’alimentation et l’agriculture canadiennes, expliquons comment les aliments sont cultivés et élevés, et proposons des recettes, des astuces de cuisine et des conseils de spécialistes pour aider les gens à faire des choix alimentaires en toute confiance.

La prévention du gaspillage alimentaire fait partie intégrante de notre travail en matière de littératie alimentaire : lorsque les gens comprennent d’où proviennent les aliments, comment les entreposer, comment utiliser les restes et comment interpréter les étiquettes de date, ils sont mieux outillés pour utiliser ce qu’ils achètent plutôt que de le jeter. Ce qui distingue Le Panier alimentaire canadien, c’est que notre contenu est créé par un réseau canadien de spécialistes composé d’agricultrices et agriculteurs, d’éleveuses et éleveurs, de diététistes, d’économistes domestiques et de chef·fes, et que nous établissons délibérément un lien entre les pratiques agricoles, comme l’innovation visant à protéger les sols et les animaux, et les décisions quotidiennes prises à l’épicerie et dans la cuisine.

4. Selon vous, quel rôle joue l’éducation des consommatrices et consommateurs dans la réduction du gaspillage alimentaire à l’échelle nationale?

L’éducation des consommatrices et consommateurs est essentielle, car la majeure partie du gaspillage alimentaire au Canada se produit au niveau des ménages, où les décisions quotidiennes concernant l’épicerie, la conservation et la cuisine déterminent ce qui est consommé et ce qui finit à la poubelle. Lorsque nous fournissons des explications claires sur des sujets tels que les dates de péremption, la manipulation sécuritaire des aliments, la planification des repas, la congélation de portions et l’utilisation de fruits et légumes « imparfaits », nous donnons aux gens des outils pratiques pour réduire le gaspillage sans compromettre la salubrité alimentaire.

L’éducation contribue également à instaurer la confiance, de sorte que les gens se sentent à l’aise de se fier à des conseils fondés sur des faits plutôt qu’à de la désinformation ou à des mythes concernant la salubrité et la qualité des aliments. Je crois qu’associer du contenu sur les compétences culinaires (recettes, conseils de conservation, idées pour utiliser les restes) à des récits « de la ferme à l’assiette » est particulièrement efficace, car cela rappelle aux gens l’effort qui se cache derrière chaque aliment et renforce l’importance de ne pas le gaspiller. Je me souviens avoir appris qu’il fallait plus d’un an pour cultiver un ananas. Je n’ai jamais gaspillé une seule bouchée d’ananas depuis ce jour-là!


5. Comment les consommatrices et consommateurs peuvent-ils mieux apprécier les efforts que déploient les agricultrices et agriculteurs pour que les aliments arrivent dans leur assiette?

L’un des moyens les plus efficaces d’aider les consommatrices et consommateurs à apprécier les agricultrices et agriculteurs consiste à leur ouvrir une fenêtre sur la réalité des fermes grâce à des récits, des vidéos et des visites guidées. Le Panier alimentaire canadien propose des visites virtuelles de fermes, des vidéos « Demandez à une agricultrice ou un agriculteur » et des récits sur l’alimentation canadienne qui montrent comment les agricultrices et agriculteurs prennent soin de leurs terres et de leurs animaux, investissent dans la technologie et gèrent les risques liés à la météo et au marché pour acheminer les aliments vers les points de vente.

Le fait d’établir un lien entre des aliments précis et des fermes et des régions du pays, tout en mettant en avant l’innovation qui les sous-tend, aide les gens à comprendre que la nourriture n’est pas anonyme; elle est le fruit de nombreuses décisions complexes et d’un travail acharné. Lorsque les Canadiennes et Canadiens comprennent cela, ils sont plus susceptibles de valoriser la nourriture à sa juste valeur, de l’utiliser de manière réfléchie et de considérer la réduction du gaspillage comme une façon d’honorer le travail qui a été nécessaire à la production des aliments.

6. Quel effet Le Panier alimentaire canadien a-t-il eu en matière de réduction du gaspillage alimentaire?

Le Panier alimentaire canadien vise principalement à améliorer la littératie alimentaire en ce qui concerne la façon de cultiver les aliments, de les cuisiner et de faire des choix éclairés; la réduction du gaspillage alimentaire est un résultat important de ce travail. Notre contenu comprend des ressources sur des sujets tels que les dates de péremption, la conservation sécuritaire et l’utilisation optimale des ingrédients, ce qui peut aider les ménages à gaspiller moins.

En termes de portée, le site Web et les réseaux sociaux de l’initiative Le Panier alimentaire canadien génèrent maintenant des millions d’impressions et d’interactions chaque année, principalement auprès des populations urbaines, et nos infolettres rejoignent des dizaines de milliers d’abonné·s. Bien qu’il soit difficile de mesurer directement les changements de comportement en matière de gaspillage alimentaire à l’échelle nationale, cette ampleur de l’engagement suggère que nos messages sur la valorisation des aliments, la compréhension des dates de péremption et l’utilisation efficace des ingrédients touchent un large public et appuient d’autres efforts nationaux visant à réduire le gaspillage alimentaire.

7. Quelle est votre vision du rôle de l’initiative Le Panier alimentaire canadien dans l’orientation de l’avenir alimentaire du Canada?

Notre vision est que Le Panier alimentaire canadien continue de se développer en tant que centre de référence fiable et fondé sur la science, où les Canadiennes et Canadiens peuvent trouver des réponses claires et pratiques sur leur alimentation, qu’il s’agisse des pratiques de production, de la nutrition, de la cuisine ou de la salubrité alimentaire. Je considère que notre rôle consiste à aider à combler le fossé entre les consommatrices et consommateurs et les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation, afin que les questions et les préoccupations puissent être abordées de manière transparente et respectueuse.

Dans une perspective d’avenir, cela signifie élargir notre portée numérique, collaborer avec davantage de partenaires — comme J’aime manger, pas gaspiller — dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la restauration, et continuer d’innover dans notre façon de raconter des histoires afin que la population canadienne se sente en confiance face à des enjeux tels que la durabilité, le gaspillage alimentaire et l’évolution des technologies dans les secteurs de l’alimentation et de l’agriculture. En fin de compte, nous voulons que les gens se sentent à la fois informés et autonomes dans leurs choix alimentaires, et que les agricultrices et agriculteurs aient le sentiment que leur travail est compris et valorisé.

8. Quelle leçon avez-vous tirée en tant que leader dans le domaine de la durabilité alimentaire?

Une leçon clé que j’ai apprise est que l’écoute est tout aussi importante que l’explication. Quand nous prenons le temps de comprendre ce qui intrigue ou préoccupe véritablement les gens, nous pouvons adapter l’information pour qu’elle réponde à leurs besoins réels, plutôt que de simplement diffuser ce que nous pensons qu’ils devraient savoir.

Une autre leçon est que la collaboration tout au long de la chaîne de valeur est essentielle. Pour réaliser des progrès significatifs en matière de littératie alimentaire et de durabilité alimentaire, les agricultrices et agriculteurs, les entreprises de transformation, les détaillants, les professionnel·les de la santé, les éducatrices et éducateurs et les communicatrices et communicateurs doivent s’aligner sur des messages communs fondés sur des données probantes. Le Panier alimentaire canadien a connu du succès parce qu’elle rassemble des spécialistes et des points de vue variés, tous déterminés à aider la population canadienne à se sentir plus en confiance face à l’alimentation et à l’agriculture.

9. Y a-t-il autre chose que vous aimeriez partager avec notre public?

J’encourage les gens à rester curieux au sujet de leur alimentation : posez des questions, recherchez des sources crédibles et, lorsque c’est possible, établissez un lien direct avec les agricultrices et agriculteurs et les expertes et experts. Le Panier alimentaire canadien est là pour vous accompagner dans ce parcours, en proposant des articles, des recettes, des récits de ferme, des cours et des vidéos qui explorent l’alimentation canadienne sous de nombreux angles.

Je suis honorée de mener ce travail et je suis optimiste quant au rôle que des gens bien informés et sensibilisés à l’alimentation peuvent jouer pour réduire le gaspillage alimentaire, soutenir l’agriculture durable et façonner un système alimentaire résilient pour l’avenir.